07 Madère – Funchal

Le lendemain, je rejoins l’arrêt de bus dans le centre ville de Saõ Vicente. Sur le point de reprendre la route pour Funchal, je prends le temps de m’imprégner du paysage qui m’entoure. Qui eu cru que ce village de seulement cinq mille habitants se nicherait au creux d’un cadre si pittoresque ? Face au village: l’Océan Atlantique; et derrière lui d’impressionnantes falaises le long desquelles serpentent des routes vertigineuses. Sur les hauteurs, les vignes cultivées en terrasses donnent au paysage un air d’Asie. J’en ai les yeux qui pétillent !

Le bus 7 de la compagnie Rodoeste s’élève petit à petit au dessus de la baie et poursuit sa route en direction du plateau Paul da Serra, qui culmine à 1400 m.

Cette région connaît un phénomène assez étrange puisqu’elle semble attirer les nuages comme un aimant. Ceux-ci s’agglutinent, se faufilent et s’enfuient à toute vitesse propulsés par les vents turbulents de cette région de l’île. D’ailleurs il y a fort à parier qu’une grande partie de l’énergie électrique de Madère soit produite ici, tant on y croise d’éoliennes.

Musée à ciel ouvert

Il fait un soleil radieux lorsque je pose le pied sur le sol de la capitale Madérienne. Notablement plus grande que les autres villes de l’île que j’ai pu croiser, Funchal conserve malgré tout une taille humaine. Les distances d’un point à un autre ne sont jamais très longues et sont couvrables à pied. En revanche le dénivelé s’étalant entre le front de mer et les jardins luxuriants du quartier de Monte a de quoi en décourager plus d’un.

Avant de me diriger vers mon prochain hébergement, je traverse l’Avenida do Mar afin de faire un crochet par la marina. C’est un lieu très vivant, du fait de l’importance de l’activité de la pêche. Mais pas seulement: c’est aussi le point de ralliement des skippers qui viennent mouiller dans la baie de Funchal et laissent au passage une marque de leur venue sous forme de petites peintures griffonnées sur le muret d’amarrage. Une tradition qui dure depuis plusieurs dizaines d’années et qui constitue un véritable plaisir pour les curieux qui comme moi viennent visiter ce mini-musée à ciel ouvert.

L’auberge Espagnole Madérienne

Je suis content d’avoir pu dégoter une nuit en auberge de jeunesse cette fois alors même que le concept n’est pas très répandu sur l’île. En arrivant dans ma chambre je fais la connaissance de Mauritz le backpacker vétéran et d’Alexandre le Sibérien. Mauritz, plus de 70 hivers, a été élevé dans le Berlin de la seconde Guerre Mondiale, il a connu le rideau de fer, les horreurs de la guerre et les affres d’une famille traditionnelle qui n’a jamais vu plus loin que le bout de son nez. Un contexte a priori peu épanouissant mais qui a le mérite d’avoir éveillé sa curiosité ! Attiré par les récits d’aventure, il s’est trouvé une passion pour les voyages au long cours et l’exploration de contrées toujours plus lointaines. Je suis saisi d’admiration pour le personnage au visage marqué par les années dont la maladie ne permet pas qu’ils se sépare de son générateur portatif d’oxygène et qui pourtant ne semble pas prêt de renoncer à son envie d’explorer le monde. Il me parle de son projet de faire l’ascension du Pico Ruivo dont je reviens justement, ce qui me permet de lui donner quelques infos sur le parcours en échange de ses précieux retours d’expérience sur la Vie.

Le lendemain matin, je croise Léa et Horacio dans la cuisine. Un couple d’espagnols qui en véritables épicuriens viennent préparer chaque matin un petit dej copieux à partir d’ingrédients achetés au marché. Ils se disputent au sujet de la meilleure façon de réussir une tortilla cherchant des yeux mon approbation. Malheureusement je n’y connais pas grand chose en tortillas, mais ils parlent de nourriture avec une telle passion que je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire en m’installant à table.

  • Tu dois être Jesse. C’est toi qui est arrivé hier non ? Bienvenue !

Le type qui m’interpelle amicalement, c’est Phil le gérant de l’auberge. Franco-Portugais, la trentaine, il me raconte comment il s’est décidé à monter seul sa propre auberge de jeunesse après en avoir essayé pas mal lors de ses voyages autour du monde et finissant par tomber amoureux du concept. On embraye rapidement sur nos voyages respectifs…

  • Alors comme ça tu as été en Asie ?
  • La Chine seulement, même si… ça fait déjà un bon morceau d’Asie.
  • Justement, tu sais qu’on a un petit bout d’Asie ici à Madère ?
  • Laisse moi deviner, prêt à porter ? Restos cantonnais ? Les deux ?
  • Haha bien vu, mais non je ne parlais pas de ça. Tu devrais aller te balader sur les hauteurs de Monte. Son jardin tropical, en plus de toutes ses espèces de plantes exotiques, abrite pas mal de monuments d’inspiration asiatique. En fait le fondateur du jardin, José Berardo, était un passionné d’Asie, un peu comme toi il me semble ?

Il n’en faut pas beaucoup plus pour éveiller ma curiosité. En retournant dans ma chambre je retrouve Mauritz et Alexandre. Ils finissent de boucler leurs sacs et s’apprêtent à prendre la route pour leur trek en montagne. Je profite de la gentillesse de Mauritz pour me faire déposer en centre ville. Enfin… Si sa petite citadine accepte bien de démarrer… Après plusieurs essais infructueux, il descend chercher le garagiste qui habite deux maisons plus bas. Le type s’installe au volant, joue du pied sur l’accélérateur en mettant le contact, la petite voiture éternue plusieurs fois avant qu’un vrombissement se fasse entendre, suivi par le doux ronron du moteur. C’est bon cette fois c’est parti !

J’atteins les hauteurs de Monte après une sympathique petite ascension en téléphérique qui m’offre au passage un superbe point de vue sur la baie de Funchal… sous la pluie !

Plus loin, il me suffit de mettre un pied dans le jardin tropical pour vérifier les dires de Phil: très vite je me retrouve nez à nez avec ce qui me semble être une reproduction plus ou moins fidèle de l’armée en terre cuite de Xian.

Moi qui ne suis d’habitude pas très musées et jardins, me voila sévèrement aguiché par tout un tas de merveilles et anecdotes en tous genres ! Comme on me le racontait plus tôt, il se trouve que le fondateur de ce jardin était un passionné de voyages et me voilà un peu dans son laboratoire des bizarreries avec toutes les pièces, fleurs et plantes ramenées au fil de ses longues pérégrinations.

Côté anecdotes étranges, vous ne le savez probablement pas mais cette chère Sissi est venue se retirer ici-même alors que son couple battait de l’aile (quoi vous ne pensiez quand même pas que Sissi et Frantz c’était la Perfect Love Story si ? Je vous rassure lui aussi parfois il oubliait de faire les courses en rentrant du boulot et elle qui ne supportait pas la vue d’un frigo vide le lui faisait bien comprendre). On raconte qu’elle aurait simulé la maladie (ce qui n’était pas totalement faux puisque la pauvre princesse était sérieusement déprimée) afin qu’on l’éloigne de Vienne et de son cher époux pendant quelques temps. Elle viendra donc à Madère goûter à son climat bienveillant et, se laissant charmer par sa flore tropicale (que l’on peut notamment observer aujourd’hui encore dans les jardins de Monte) et ses paysages saisissants, elle y regagnera peu à peu son énergie vitale.

Quand on y pense, le rythme de vie ici est vraiment agréable car outre la beauté et l’exotisme des paysages, la météo reste plutôt clémente tout au long de l’année. Du coup les plantes les plus exotiques peuvent y prospérer paisiblement, à l’image de L’oiseau du Paradis, une fleur rare à la beauté saisissante et qui par extension est devenue en quelques sortes un des emblèmes de Madère.

Après une longue balade dans ce sanctuaire des merveilles, je m’installe en terrasse un verre de Madère à la main. A mesure que le jour décline et que l’heure de mon retour approche, je repense à tous les petits moments de ce voyage qui m’ont mené jusqu’ici. Je souris en mesurant toute la chance que j’ai. Je ne me sens pas spécialement reposé, mais mes batteries vitales, elles, sont bien pleines.

Funchal

 

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