05 Madère – Pico Ruivo

18 novembre 2014, 1h07 – Le froid ! Je suis immédiatement tiré de mon sommeil. Au dehors la pluie a repris de plus belle. Des bourrasques de vent s’engouffrent dans mon abri, j’ai affaire à un orage de montagne plutôt mesquin. Dire que j’ai failli déployer ma tente cette nuit là ! Le vent se serait fait un plaisir de la transformer en cerf-volant… Bien sur je ne m’en suis pas aperçu tout de suite: hier avec la chaleur musculaire d’après l’effort, je n’ai pas ressenti le froid et ai même réussit à m’endormir assez vite. Mais le sommeil n’aura pas duré ! Pour la première fois de ma vie je me retrouve réveillé parce que mon corps a froid. Pas ce froid qui vous chatouille les pieds et vous fait grelotter dans un courant d’air l’Hiver. Non. Un froid glaçant qui vous paralyse de l’intérieur. Je n’ai pas été assez vigilant. La nuit les températures peuvent brutalement chuter en montagne. Il est alors dangereux de s’endormir et de laisser son corps se refroidir. Je ne suis pas serein.

Je me souviens de cette histoire racontée par mon moniteur d’auto école. Celle d’un homme qui, par négligence, s’était endormi dans sa voiture une nuit d’hiver en pleine montagne. Pourquoi n’était-il pas redescendu dans la vallée ? Pourquoi ne pas avoir pris une chambre d’hôtel ? Toutes ces questions restaient en suspens. Toujours est-il que ce même homme fut retrouvé le lendemain dans sa voiture, sans vie. Et mon moniteur de conclure: ne jamais oublier, en plus de la roue de secours, du liquide de refroidissement, d’un crique et du triangle de signalisation d’avoir aussi une bonne couverture chaude dans son coffre. En effet !

Je suis content que mon corps ai eu le réflexe de me faire subir cet électrochoc en plein sommeil comme pour me dire: « Hey attention tu commences vraiment à avoir froid ! »

Je n’en fais ni une, ni deux et tire la couverture de survie toute neuve (que je ne pensais jamais utiliser) du fond de mon sac et m’enveloppe à l’intérieur. Son effet de rétention de chaleur se fait très vite ressentir. Ouf ! Quel bonheur !

2h30 – Nouvel électrochoc. « Hein quoi ? » Je me réveille en sursaut et manque de me cogner le front à la paroi de béton juste au dessus de ma tête. La tempête me fait comprendre qu’elle n’en a pas fini avec moi et lâche de nouvelles bourrasques de vent qui viennent petit à petit arracher ma couverture à l’intérieur de l’abri. C’est là que je prends conscience de la violente baisse de température qui a eu lieu: il suffit que ma couverture s’envole de quelques centimètres pour que je ressente à nouveau le froid à travers mon duvet et que je me réveille immédiatement. Je la tire à nouveau vers moi pour m’envelopper dedans. La trêve sera courte. Je me réveilles, comme ça, encore plusieurs fois pendant la nuit pour replacer la couverture et me réchauffer du mieux que je peux.

7h30 – Je n’ai quasiment pas fermé l’œil de la nuit. Épuisé. Mais je m’en fous, car une petite vingtaine de minutes de marche plus loin, j’atteins l’altitude symbolique de 1862 mètres. Le sommet. Point culminant de l’île. Le Pico Ruivo. Enfin ! Et comme pour me récompenser de mes efforts, le soleil vient tranquillement percer les nuages et m’enveloppe de sa lumière. Je n’arrive plus à bouger, fasciné par ce spectacle bien au delà de mes espérances. Les gros nuages d’hier s’écartent – comme les rideaux d’une salle de spectacle – révélant progressivement l’astre solaire dans tout son éclat, ainsi que la baie de Funchal, au sud, gorgée de lumière. Je n’avais pas vraiment prévu de timing pour ce moment pourtant j’ai l’impression que le rendez-vous avait bien été pris de l’autre côté et que ce lever de soleil m’attendait.

J’aime voyager pour ce genre de micro-moments. Le genre de moments où la magie est palpable. On aimerait tricher et en enfermer quelques fragments dans un bocal pour les partager plus tard avec une personne importante. Mais ce n’est pas possible et c’est surement ce qui les rend si particuliers.

Je reste là, debout, encore de longues minutes et, une fois mes batteries de moral rechargées à bloc, m’engage sur le sentier du retour.

 

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