03 Madère – Prendre de l’altitude

J’arrive à Santana dans la matinée. Village un peu plus grand que les deux précédents. Il y a même un petit office de tourisme installé dans une de ces traditionnelles maisons triangulaires au toit de chaume, typiques de cette partie de l’île et devant laquelle les touristes viennent tour à tour se photographier.

Les yeux plus gros que le ventre

J’en profite pour marquer une pause et sortir ma carte. Pour une raison qui m’échappe (l’euphorie du début d’aventure ?) je m’étais fixé pour objectif du jour l’Achada do Teixeira, refuge situé à plus de 1500m d’altitude, juste en dessous du très attendu Pico Ruivo. Je me trouve en ce moment à environ 500m d’altitude et vous laisse faire le calcul du dénivelé que cela représente. Cela multiplié par la quantité de kilomètres qu’il me faudrait encore avaler (au delà de 20)… ce n’est vraiment pas réaliste comme objectif ! Et non sans une pointe de frustration je décide donc de le corriger en rajoutant un jour de marche à mon programme. Je me fixerai ce soir aux abords de Queimadas, un peu plus bas, sur la route de la Caldeirão Verde, un autre point de vue que je me suis promis de visiter après me l’être fait recommander avec insistance par un autre voyageur qui me promettait d’y observer un « merveilleux spectacle de la nature ».

J’ai un autre problème: l’activité physique consommant pas mal d’énergie comme j’ai pu le constater la veille, je risque vite d’arriver à court de carburant si je ne refais pas le plein, d’autant que je viens de rajouter un jour de marche à mon programme. Évidemment nous sommes un dimanche, la plupart des commerces sont fermés et Santana est la dernière « vraie » ville à croiser ma route jusqu’à ma redescente du Pico Ruivo dans deux jours. Mais on dirait que j’ai de la chance: un marché se tient justement aujourd’hui sur la petite place du village. Je parcours les étals tous plus alléchants les uns que les autres, mais n’emporte que le strict nécessaire: un gros pain et quelques fruits pour le chemin, je profiterais des véritables spécialités culinaires locales à la fin de mon voyage. Je sens déjà fuser vos interrogations, « Pourquoi une discipline aussi stricte en vacances ? », « Tiens mais qu’est ce qu’il mange au fait depuis tout ce temps ? », alors j’ai décidé de vous en dire un peu plus sur mon régime alimentaire et sur la fameuse stratégie du beurre de cacahuètes (comme promis).

Est-ce que vous saviez que le beurre de cacahuètes – tout comme le coca – a été inventé pour des raisons médicales ? En l’occurrence, pour le beurre de cacahuètes le but était de mettre un point un aliment hautement nutritif et facile à ingérer à destination des personnes souffrant de problèmes dentaires. Il est d’ailleurs toujours recommandé aujourd’hui dans les pays où les enfants souffrent de malnutrition de par son prix relativement bon marché et compte tenu de ses qualités nutritives. Tout ça pour vous dire quoi ? Que le beurre de cacahuète peut se révéler être un excellent carburant pour le sport car une très petite quantité suffit à procurer l’état de satiété et à délivrer une forte énergie calorique à dépenser pendant l’effort. Malgré le côté monotone de mes repas, j’opte donc pour un encombrement minime et la certitude de manger à ma faim pendant plusieurs jours.

L’erreur de trop

Je resserre mes lacets et me mets en route alors que la météo capricieuse du jour me salue avec une pluie de fines gouttelettes qui très vite s’intensifie… J’ai couvert, jusqu’ici, des étapes relativement faciles avec peu de dénivelé. Désormais pour me rapprocher de mon objectif il n’y a pas de secret, il va falloir prendre de la hauteur et couper à travers les lignes de dénivelé.

J’ai repéré à l’avance sur la carte un petit chemin pédestre qui coupe franco dans le dénivelé, mais qui a le mérite de sacrément raccourcir la distance jusqu’à Queimadas. Ça aurait pu être l’idée du siècle, oui sauf qu’après quelques heures de grimpette je me rend compte qu’il est absolument impossible que j’aie pris le bon chemin, car mon petit sentier forestier débouche finalement sur une grosse route à deux voies, une route à voitures, le genre de routes que je n’aurais pas du croiser normalement pendant mon étape. Je suis forcé de l’admettre: je me suis trompé et viens en fait de faire un gros détour. Dans le fond ce n’est pas si grave, car les deux routes communiquent et je vais pouvoir rattraper mon erreur, mais sur le coup je suis furieux contre moi même. J’ai été trop négligent dans ma lecture de carte et j’en fais les frais.

Direction la Caldeirão verde

Arrivé à Queimadas je retrouve un brin de confort avec les installations – abris et sanitaires – destinées aux touristes qui peuvent garer leurs voitures ici et viennent la journée pour se balader autour des très fameuses caldeiras du coin. « Balade » c’est le bon terme: ici les sentiers sont balisés, il y a même une main courante permettant aux âmes sensibles de passer les portions de chemin les plus difficiles. Aucun risque de me perde cette fois donc, d’autant plus que le sentier suit, une fois n’est pas coutume, une levada. Je décide de ne pas m’attarder dans la zone d’accueil des visiteurs et avance en direction de la Caldeirão verde. Je planterai ma tente en chemin et irai visiter ce site très prisé demain à la première heure avant l’arrivée des premiers randonneurs.

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