02 Madère – L’amour du risque

15 novembre 2014, 9h – Alors que mes pieds s’enfoncent dans le sable chaud, mon regard se fixe sur l’horizon. De temps à autre un rayon de soleil timide transperce les nuages qui s’amoncellent au-dessus de ma tête, comme si un Sommet de la grisaille avait été convoqué spécialement en mon honneur; cumulus, nimbostratus, cumulonimbus… Ils sont tous au rendez-vous !

Je jette un dernier coup d’oeil à l’Océan, puis enfile mes chaussures de marche. C’est ici, sur la plage de Machico, que commence officiellement mon voyage. Il s’agira d’abord pour moi de rallier la côte nord de l’île en suivant mes premières levadas, puis de longer les falaises de la Boca do Risco jusqu’aux villages de Porto da Cruz puis Faial où j’essaierai de trouver un endroit où passer la nuit. Ensuite direction Santana, un peu plus loin sur la côte, avant d’attaquer l’ascension du Pico Ruivo, sommet culminant de l’île et défi personnel que je me suis fixé ! Ne me restera plus ensuite qu’à redescendre vers le plateau d’Encumeada d’où j’aviserai pour la suite du voyage…

Ma première levada

Avant de sortir de Machico, je fais un petit crochet par le belvédère du Pico do Facho, à l’Est, qui me permet de poser un regard enchanté sur la baie en contrebas et d’observer, en me retournant, la péninsule de Sao Lourenço – petit amas de roches volcaniques qui s’enfonce de plusieurs kilomètres dans la mer – qui, de par ses paysages insolites, constitue une des randonnées les plus populaires de l’île de Madère. Je n’aurais pour ma part pas le temps de m’y aventurer, mais je me console en observant à distance la beauté de ses formes à la fois austères et fascinantes, semblables en certains points à celles de l’île de Skye en Écosse.

Au sommet d’une colline pleine de lotissements, je quitte l’asphalte pour une petite route terreuse que je suis sur quelques mètres avant de tomber (enfin !) sur ma première levada. Il faut savoir qu’il y a de très nombreuses levadas ici sur l’île et qu’elles sont fort appréciées du randonneur car elles permettent: 1) de s’orienter 2) de ne jamais manquer d’eau 3) de toujours être au courant (j’étais obligé de la faire). Très vite je m’habitue au chant du turbulent petit ruisseau qui m’accompagne et se déverse progressivement sur les terres agricoles de l’arrière pays. Ses Camponês au sourire chaleureux n’hésitent pas à me gratifier d’un « Bom dia » sur mon passage, ni à m’indiquer la route lorsque celle-ci joue à cache cache. Mon intuition sur la nature des habitants de l’île se vérifie.

L’étape du jour est assez douce, une quinzaine de kilomètres sans trop de dénivelé, ce qui a le double intérêt de constituer une bonne remise en jambe tout en me permettant de prendre le temps d’apprécier les sublimes paysages de la face nord de l’île. Des paysages, comment dire… à tomber ! Littéralement, puisque je me retrouve, une fois la Boca do Risco passée, à arpenter des sentiers creusés à flanc de falaises, suspendu à 400m au dessus du vide.

 

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Je ne vous décrirais pas tout ce qui me passe par la tête à ce moment là, car je me dois de préserver mon image d’aventurier sans peur et sans reproche (vous l’avez vu venir, non ?) mais disons simplement que chaque fois que mes pieds s’approchent un peu trop du vide, mon cœur cogne aussi fort qu’un Mike Tyson contre Holyfield. Je plonge dans l’histoire imaginant les habitants de cette partie de l’île qui, il y a tout juste une soixantaine d’années, devaient emprunter régulièrement ces sentiers escarpés constituant à l’époque la seule connexion entre le Nord et le Sud.

Il est environ 16h lorsque j’atteins la plage de sable noir menant à Porto da Cruz. J’aperçois au loin la longue cheminée de la mythique distillerie à rhum Companhia de engenhos active depuis 1927 et qui produit une des fiertés locales: la Poncha (mélange d’alcool de canne, orange, citron et miel). C’est au tour des premières maisons de faire leur apparition, abritées au pied de l’immense Penha d’Aguia (littéralement « le rocher de l’aigle ») qui se dresse fièrement à près de 600m au dessus des habitations. Le village est assez calme, ses principales activités tournent autour de sa place centrale, son église et son hôtel de ville. Je croise quelques locaux assis sur les bancs publics de la petite place alors que je dévore mes habituelles tartines de beurre de cacahuète (j’y reviendrais). A leurs regards je devine la question sur leurs lèvres: « mais d’où vient cet énergumène et que fait-il avec tout ce bardas attaché derrière son dos ? »;

Mieux qu’un cinq étoiles

Le jour décline lentement et je me remet en marche espérant atteindre Faial avant la tombée de la nuit pour trouver un emplacement où déployer ma tente.

Il semblerait que j’aie légèrement sous-estimé mon étape du jour. J’ai parcouru pas loin de 20km lorsque j’arrive enfin aux abords de Faial. A l’entrée du village, la route forme une fourche dont l’une des voies poursuit sur un terrain boueux entouré de végétation. Je m’y engage en me disant qu’il me sera plus probable de trouver un emplacement pour ma tente de ce côté-ci. Bingo ! Je traverse une petite grotte et retrouve mon compagnon de marche préféré: la levada. Celle-ci est assez étroite, mais par endroit le chemin s’élargit ce qui me permet d’installer ma tente le long du petit ruisseau. La vue est splendide: devant moi l’Océan à perte de vue et, en contrebas, des milliers de petits points jaunes dont l’éclat s’intensifie alors que la nuit tombe. Je ris en me disant que j’ai trouvé ce soir le meilleur hôtel de l’île: je peux pisser, manger, me reposer tout en admirant la mer et les étoiles, suis alimenté – grâce à la levada – en eau courante illimitée, personne pour me déranger et tout cela avec pour seul prix l’effort des 20km parcourus aujourd’hui.

 

2 réflexions sur “02 Madère – L’amour du risque

  1. Bonjour! Je viens de tomber par hazard sur votre blog! J’ai adoré voir la tente montée sur la levada!!! Excellent!
    Je suis niçoise et je suis expatriée à Madère depuis 15 ans! Je suis tombée sous le charme de cette île et je n’en suis plus repartie…
    Bonne continuation et merci de nous faire partager vos aventures 🙂

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    1. Bonjour Emilie. Tu es officiellement la première personne à réagir sur l’un de mes articles, d’ailleurs tu figures parmi les premières personnes à découvrir ce blog (et pour cause: il n’est pas encore lancé « officiellement » 😉 ). Merci ! Madère est une île exceptionnelle, je n’ai pas de mal à croire que tu sois tombée sous le charme. Sur quel coin de l’île t’es tu fixée ?

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